Des tartanes chargées de tartines

« C’était pendant la peste, la grande peste de 1720, Quand Marseille n’était plus qu’un charnier. Le Pape Clément XI avait annoncé à Monseigneur de Belzunce qu’il lui envoyait, pour secourir son troupeau, plusieurs tartanes débordantes de blé. Messire Cabrol, bachelier en théologie et curé de Cassis, lut imprudemment à ses ouailles le bref pontifical. Comme la population subissait, elle-aussi, les rigueurs de ces temps pestiférés, les yeux étincelèrent. Le pain était rare et noir, le cordon sanitaire infranchissable. Aussi, pendant leur sommeil, les pêcheurs voyaient-ils en rêve ces tartanes chargées de blé doré s’offrant à eux. La tentation était grande…

Pendant ce temps, le blé du pape voguait donc vers la Provence. Le 15 décembre 1720, on apprit qu’il était en vue de Cassis. On vit les lourdes tartanes relâcher dans le golfe, et se diriger ensuite vers Marseille. Alors, en sourdine, quelques pêcheurs mirent à la voile, rattrapèrent une tartane et la conduisirent à Cassis. On dégusta ainsi des tartines succulentes et réconfortantes.

Après la peste, Monseigneur de Belzunce vint faire sa tournée épiscopale, monté sur une ânesse. Les Cassidiens, en voyant l’ânesse apparaître au bout du chemin, tremblèrent un peu, de même que le brave abbé Cabrol. Tous furent pardonnés ». André Bouyala d’Arnaud, Villages de Provence

50x50cm Fluctuat nec Mergitur (d'après la médaille de la Monnaie de Paris)
Fluctuat nec Mergitur (Chemins de spiritualité)

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