Visage sans poésie, poésie sans visage

« Yasmina la gitane avait trouvé refuge dans une ferme. Sa tribu, qui se rendait en pèlerinage à Saint-Sulpice, l’avait abandonnée là…Yasmina était répudiée. Elle était la honte de son peuple. Pour avoir un enfant, Yasmina avait un jour pactisé avec Satan.

Pendant tout le temps de sa grossesse, elle eut le sentiment qu’elle portait en elle le germe du diable en personne, et déjà, le mal lui torturait les entrailles. Lorsqu’elle enfanta dans une grange abandonnée, cette nuit de décembre, elle en fut convaincue. Non content d’avoir malmené sa mère pendant des mois avant sa naissance, l’enfant se présenta au monde de la façon la plus vicieuse qui se puisse imaginer, causant à Yasmina les pires souffrances.

De plus, l’enfant ne portait sur lui aucun signe qui put attirer l’indulgence, ni difformité pitoyable, ni laideur pardonnable. Simplement, tel le mal qui n’ose dire son nom, il était né sans visage. Oh, bien sûr l’essentiel y était, deux trous pour respirer, deux trous pour entendre, un trou pour téter…mais aucune expression ni couleur. Un visage de pleine lune, la poésie en moins ». Pierre Dumousseau, A pas contés

Lorsque l'enfant parait
« Lorsque l’enfant paraît », Les Contes du temps conté

3 réflexions sur “Visage sans poésie, poésie sans visage

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