Quand le poète s’adresse au peintre…

« Peintre excellent, dont le pinceau subtil Peut imiter, voire passer Nature, Se faisant voir inimitable outil Alors qu’il trace une rare peinture.

Dis-moi, veux-tu sur un tableau tirer Le gai printemps et son fleuri visage, Où l’oeil humain ne cesse de mirer, Ravi de voir quelque beau paysage ?

Il n’est besoin de peindre soutenu Le ciel d’un mont, ni Phoebus qui éclaire Ni quelque nymphe ou satyre connu, Ni des prés verts, ni d’un fleuve l’eau claire.

Pour traits sans la plus parfaite beauté De ma maîtresse et la prends pour modèle Et tire au vif son corsage emprunté, Tu n’as pas besoin d’autre chose qu’elle.

De vert gaillard fournira son double oeil, Oeil de minerve où verdit l’émeraude, Et d’abondant il sera le soleil, Pour celui-là que tout le monde rôde.

Ses blonds cheveux onduleusement épars Où les Amours à l’échine volage Ainsi qu’oiseaux volent de toutes parts, Sont les rameaux et le joli feuillage.

Pour les zéphyrs doucement ventelés Pourra servir son vent et son haleine, Son front fournit de blancs lis et douillets, Son respirer de thym et marjolaine. » Jean Godart (1564-1630)

Jouvence, Les Vitraux de la chapelle Sainte Repentance

Mon conseil du dimanche : « Poète, méfie-toi du peintre auquel tu confies ainsi, imprudemment, la beauté de ta maîtresse afin qu’elle lui serve de modèle ! A bon entendeur, salut ! »

4 réflexions sur “Quand le poète s’adresse au peintre…

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