Le parfum de la dame en blanc

 » Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais vu ni M, ni Mlle Stangerson. J’étais assis dans le salon qui précède le salon des Ambassadeurs et, las d’avoir été bousculé par tant de nobles personnages, je me laissais aller à une vague rêverie, quand je sentis passer le parfum de la dame en noir. Vous me demanderez :– Qu’est-ce que le parfum de la dame en noir? Qu’il vous suffise de savoir que c’est un parfum que j’ai beaucoup aimé, parce qu’il était celui d’une dame, toujours habillée de noir, qui m’a marqué quelque maternelle bonté dans ma première jeunesse. La dame qui, ce jour-là, était discrètement imprégnée du parfum de la dame en noir était habillée de blanc. Elle était merveilleusement belle.

Je ne pus m’empêcher de me lever et de les suivre, elle et son parfum. Un homme, un vieillard, donnait le bras à cette beauté. Chacun se détournait sur leur passage, et j’entendais que l’on murmurait : -C‘est le professeur Stangerson et sa fille. C’est ainsi que j’appris qui je suivais. Ils rencontrèrent M. Robert Darzac que je connaissais de vue.

Il faisait ce soir-là un temps très doux. Les portes sur le jardin de l’Elysée étaient ouvertes. Mademoiselle Stangerson jeta un léger fichu sur ses épaules et je vis bien que c’était elle qui priait M. Darzac de pénétrer avec elle dans la quasi-solitude du jardin. La nuit était obscure, l’herbe étouffait mes pas. Ils étaient arrêtés dans la clarté vacillante d’un bac de gaz et semblaient lire quelque chose qui les intéressaient fort. – Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat! Et ce fut dit sur un ton à la fois si railleur et si désespéré, et suivi d’un éclat de rire si nerveux, que je crois bien que cette phrase me restera toujours dans l’oreille. Mais une autre phrase encore fut prononcée, celle-ci par M. Darzac : –Me faudra-t-il, pour vous avoir, commettre un crime ? » Gaston Leroux (Le mystère de la chambre jaune, 1907)

50x50cm Les vitraux de la chapelle SteRepentance
Comment peut-on commettre un crime dans une chambre fermée à clé, sans que l’assassin ne laisse aucune trace de son passage, puis prenne la fuite ? C’est à cette énigme, apparemment insoluble, que s’est attaqué l’écrivain Gaston Leroux, devenu très populaire grâce à ses romans d’aventure et de mystère. Mystère, vous avez dit mystère ?

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