Plaidoyer pour la liberté d’écrire !

Figaro, valet frondeur et insolent, avant que de s’établir barbier à Séville, a exercé trente-six métiers, trente-six misères. Dont l’honorable profession d’écrivain. Dans le monologue ci-dessous, il se laisse aller à conter, et compter, ses tribulations épistolaires…

 »Las d’assister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le Théâtre. Me faussé- je ! je me mis une pierre au cou! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail, auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupules. A l’instant, un envoyé…de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presque’île de l’ Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, d’Arabie, d’Alger et du Maroc. Et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant -chiens de chrétiens!- »

Figaro ne pouvant payer son loyer, on lui envoie l’huissier puis l’homme de loi, puis on le met en prison. Les ennuis ne sont pas terminés…

44x56cm Diégo, libre dans sa tête

 »Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue. Et comme il faut dîner, quoi qu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume, et demande à chacun de quoi il est question. On me dit que pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté de vente des productions littéraires, qui s’étend même à celles de la presse. Et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j’annonce un périodique, et, croyant n’aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme -Journal Inutile-. Aïe! Je vois s’élever contre moi mille pauvres diables, journalistes à la feuille. On me supprime, et me voilà derechef sans emploi! » Pierre – Auguste -Caron, dit de Beaumarchais (le mariage de Figaro)

4 réflexions sur “Plaidoyer pour la liberté d’écrire !

  1. Merci Christine pour cette belle réflexion sur  » Plaidoyer pour la liberté d’écrire ! ».
    Et pour ajouter une petite touche d’humour, en guise de conclusion, cette citation : “Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » de (Pierre-Augustin Caron De Beaumarchais).
    Bonne fin de semaine à toi. Bien amicalement. Bisous musicaux d’Auvergne :
    https://www.youtube.com/user/LouisRenard?feature=mhee

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  2. Ping : ITA – Plaidoyer pour la liberté d’écrire ! — L’atelier peinture de Christine | l'eta' della innocenza

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