Dans un camp de croisés, en se bouchant le nez …

Dans la plaine, le soleil allait se coucher. Bien avant d’apercevoir les troupes françaises, nous les sentîmes. Une puanteur insistante annonçait indiscutablement leur présence une demi-lieue d’avance. Puis les chants d’un coeur de moines nous parvinrent à l’oreille, mélancoliques et lancinants. J’avais passé ma vie isolé dans une petite seigneurie sans importance. Jamais je n’avais vu une ville fortifiée hormis le petit bourg où se tenait la foire régionale. Au milieu de l’immense plaine, Béziers s’élevait au loin, entourée d’une haute muraille. Entre la cité et nous, s’étendaient, à perte de vue, les troupes croisées qui en faisaient le siège.

Au sud de la ville, une véritable marée humaine noircissait la moindre parcelle de terre. Aussi loin que mon regard pouvait porter, il y avait des croisés qui formaient un tapis grouillant pareil à une immense fourmilière. La plaine était parsemée de centaines de bannières et de pavillons multicolores identifiant autant de seigneurs français venus du Nord pour mater les hérétiques au nom de Dieu et du pape, et assurer par la même occasion leur salut.

Plus nous approchions, plus la puanteur était suffocante. Je reconnus l’odeur des excréments produits par des milliers de soldats depuis des semaines, qu’on accumulait dans des fosses à l’orée du camp. S’y mêlaient celles du fumier des chevaux, de la crasse humaine, de la viande grillée dont la fumée montait de chaque feu, et des carcasses débitées et abandonnées ça et là pour y pourrir. Accompagnant le chant gracieux des moines, la pestilence fétide créait un contraste surréaliste.  » Hervé Gagnon ( Damné)

 »Bannières au vent » Vendu (Galerie Chaos)  »Béziers nous cause bien des migraines. Cette maudite cité est si bien fortifiée que nous craignons fort de devoir attendre que ses habitants crèvent de soif ou de faim. A moins que Dieu n’envoie une pestilence providentielle. »

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