Chaos d’hiver

 »Le camp se débattait au fond de l’interminable hiver de Buchenwald, un hiver qui durait six mois. Le vent tranchant brassait des tourbillons de neige dans les faisceaux des projecteurs qui trouaient l’obscurité de la place d’appel. Les flocons semblaient fuir en désordre devant un ennemi invisible à la recherche d’un refuge où ils pourraient, en fondant, échapper à la tourmente. Mais tout ce qu’ils rencontraient était si glacé, les fins cristaux qui les constituaient étaient si légers qu’ils poursuivaient leur course folle. Jusqu’à ce qu’une bourrasque les écrase sur une façade ou que, sur un visage, ils se mêlent aux larmes que la souffrance arrachait aux déportés. Ils tiraient des voiles sans fin devant les luminères et striaient la nuit de hâchures emmêlées qui faisaient chavirer l’horizon. 60 x80 cm Diptyque  »Chaos d’hiver » (Galerie Les Clins d’oeil de Dame Nature) … Le froid, comme un brodequin de bourreau, broyait les pieds des hommes et montait jusqu’à leur ventre affamé, à la rencontre de la douleur qui pénétrait par leurs oreilles, leur gorge et leur nez, vidait leur tête et écrasait leur poitrine. Des fragments de flocons ourlaient les sourcils et s’accrochaient aux cils avant de fondre. Personne ne parlait, c’était assez d’essayer de ne pas mourir. ‘‘Pierre Juliette ( L’arbre de Goethe)

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