L’adieu à Venise

 »-. Lundi. Venise, comme je te déteste, comment ai-je pu te trouver belle, comment ai-je eu envie de venir ici et de croire à ton apparence? A présent je vois la mort partout. L’enfant qui mendiait est morte depuis mille ans, elle fait partie de ces infantes royales, laides et sans âge des tableaux, qui possèdent la connaissance du mal et le triste désir de l’oubli.

-. Mardi. Comme il est difficile de travailler. Il faut que j’écrive, n’importe quoi pour essayer d’avoir la tête plus claire. Aujourd’hui, rien n’a d’importance. Nous sommes plongés dans le brouillard, la pluie tombe sans arrêt en clapotant dans les canaux. Il fait gris, une moisissure verdâtre ronge les soubassements des maisons, tous les piliers pourrissants sont sur le point de s’effondrer. L’eau elle-même est grasse et dégoûtante, des ordures y surnagent et une pellicule huileuse en recouvre la surface. Il n’y a plus la moindre fraîcheur dans la ville, plus rien de jeune ou de nouveau, aucun apport de sang neuf, ses veines sont desséchées et ne mènent nulle part, sinon à elles-mêmes. Pourtant j’aime ces pièces sombres et grandioses, ceux qui habitaient devaient prétendre avoir un titre de comte, une gondole était amarrée à leur porte, mais probablement ne leur appartenait-elle pas. Et toutes les gondoles sont noires.

-. Mercredi. Il faut que nous partions. » Susan Hill (L’oiseau de nuit)

3 réflexions sur “L’adieu à Venise

  1. Ping : L’adieu à Venise — L’atelier peinture de Christine | l'eta' della innocenza

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