La solitude d’une petite fille, un soir d’orage

 »-. Sylvie observait la cour, sous la pluie. Un instant, elle resta étonnée devant ce désert de pavés noirs et mouillés. Puis, les épaules rondes, se précipita vers la niche, empoigna Toby par son collier, le tira dehors. Inquiet, il se laissa traîner, le cou tordu, les jarrets pliés, l’arrière-train fautif, rasant la terre. Elle l’encourageait dans un chuchotement. -. Allons, viens, viens, mon Toby, viens vite!-

La pluie lui trempait les cheveux et coulait dans son dos. Elle grelottait de froid. Une fois revenue dans sa chambre, elle se glissa au fond du lit, frissonnante, fit monter le chien à côté d’elle et rabattit la couverture. L’orage continuait, avec ses coups de canon et ses lueurs spasmodiques, mais elle avait moins peur. De tous ses muscles, elle serrait Toby contre sa poitrine. Il était chaud, il sentait fort le pelage mouillé, la paille. Il était vivant, il l’aimait, il la comprenait. Elle le couvrit de baisers. La truffe froide et humide respirait contre sa joue.

Elle lui parlait à voix basse : -. Mon petit Toby, à moi… Personne ne nous séparera jamais… Si nous sommes trop malheureux ici, nous nous en irons tous les deux…– Les pleurs l’étranglaient. Elle respirait par saccades. Et Toby léchait les larmes sur ses joues. » Henri Troyat (Viou)

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