Tel père… telle fille

 »-. A la cuisine, certain coin de buffet offrait sur un plateau laqué un verre merveilleux, épais, incrusté en sa partie inférieure d’ogives et de facettes, somptueux réceptacle de cristal qui contenait bien la moitié d’un litre, abrité par un disque de raphia tressé. Et, à côté, une bouteille de blanc ordinaire, mais bien titré.

Le colonel régnait en maître absolu sur cet ensemble qu’il avait dénommé l’Abreuvoir, ne tolérant pas que mother y fit le ménage, lavant et essuyant lui-même le verre, renouvellant le litron…et, régulièrement toutes les heures environ, il quittait sa chambre en direction de l’Abreuvoir. Pour moi, l’ivresse, c’était une terre maudite où il était impensable d’accéder à moins d’être ouvrier du samedi soir, clochard ou fêtard. La bourgeoisie ne s’enroule pas aux lampadaires ! Les dames lappaient poliment, dans de minuscules récipients, des liquides plus sucrés qu’alcoolisés. Et les messieurs, les messieurs !… avaient droit à un peu plus de gaîté, voilà tout !

Ah, père, je croyais alors que tous les pères avaient l’haleine vineuse et entretenaient un abreuvoir sur le buffet de cuisine…/… . Est-ce qu’on boit des bons petits coups en Purgatoire, est-ce que je peux venir ? Ah, père, en cela au moins j’aurai été votre fille : j’aurai hérité de votre soif.’Albertine Sarrazin ( La traversière)

2 réflexions sur “Tel père… telle fille

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