Frimas

 »-. L’hiver s’était encore appuyé davantage sur Le Puech. La neige cessa de tomber, une bise était en décalage du Plateau et forgea une carapace où les pas des hommes ouvraient des cratères dont les bords tranchants déchiraient le cuir des meilleures bottes. Les oiseaux ne passaient plus dans le ciel très pur et se contentaient de sautiller à ras de terre. Beaucoup moururent de froid, mais aussi d’avoir perdu l’envie de vivre. Les branches elles-mêmes, dans leurs étuis de givre, remuaient à peine malgré le vent et, à distance, ce mouvement était imperceptible. La bise soulevait seulement, vers midi, quelques nuages fins d’une neige superficielle que le soleil avait réussi à libérer. Ces légers poudroiements frémissaient dans la lumière, finissaient par retomber et se prenaient à nouveau.

L’air était transparent comme l’eau d’une source. On voyait au loin les fumées des bories isolées. Encore plus loin, naviguait le mirage intermittent de la petite ville, inaccessible et sans intérêt. Aucune charrette attelée ne serait passée dans les congères et, quand la brume déroulait pendant deux heures sa ouate impénétrable, quelqu’un qui se serait trouvé sur la route n’aurait jamais pu gagner à temps Le Puech, ou une de ces fermes qui fumaient pendant le jour.  » Jean -Louis Magnon (Hautes Terres)

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