Le retour du printemps

 »-. Pendant que les uns et les autres raccrochaient cahin-caha le train de leurs vies, le monde explosait. Ses couleurs changeaient dans une lumière de plus en plus claire et tiède, le paysage se modifiait chaque matin. Les lointains s’ourlaient de teintes bleutées ou roses qui évoquaient des étalages de sucreries. Les ruisseaux étaient rentrés dans leurs lits. Ils restaient gros et gonflés, mais l’eau de nouveau transparente se faufilait entre les pousses vertes des sagittaires et des cigües. Dans les champs, après la floraison éphémère des narcisses, l’herbe naissante craquait sous les pas des moutons qui s’étaient lancés, saturés de la paille et du foin des étables, à l’assaut des pâtures en trébuchant de joie.

Au-delà des prairies, la forêt changeait elle-aussi. Dans les bourrasques les arbres avaient abandonné à leur pied les branches mortes et s’étaient couverts de bourgeons poisseux. Les oiseaux les suçaient du bec avec tendresse tout en lançant leurs premiers chants d’amour. Les corbeaux avaient repris, par groupes de trois ou quatre, leurs conciliabules graves autour des piquets en châtaignier. Le soir, ils se réunissaient dans les arbres où ils menaient grand train, comme s’ils se racontaient ce qu’ils avaient vu pendant le jour, appelant la nouvelle saison à s’installer tout à fait. » Jean-Louis Magnon (Hautes Terres)

4 réflexions sur “Le retour du printemps

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