Lettre de Stalingrad

« – Mon fils, j’ai été blessé, légèrement, la cuisse gauche traversée par une balle et si la guerre était une guerre normale, je serais sur pied dans un mois. Mais nous sommes à Stalingrad, sept cent blessés couchés dans une cave, qui crient, qui pleurent, pourrissent et deviennent fous. Dehors, la tempête de neige fait rage, 32 degrés en dessous de zéro, rien à manger, et pour boire de l’eau chaude, nous faisons fondre de la neige. Chaque jour des centaines de camarades succombent à la faim, d’autre meurent, parce qu’il n’y a plus rien pour panser leurs blessures, plus de médicaments, pas même une seringue pour une piqûre anesthésiante. Lorsque leurs cris sont par trop atroces, on leur frappe sur le crâne pour avoir un peu de tranquillité… qui nous permet de penser que, tous ici, nous n’existerons plus demain ou après-demain. Dans les deux abris proches de notre cave-ambulance, ils ont confectionné une soupe exquise : des sabots de chevaux bouillis avec des rognures de traverses de chemins de fer, ce qui donne un brouet extraordinaire. Deux hommes ont aussi réussi à tirer un rat… un mets de choix, mon garçon. En ce moment, coupé en menus morceaux dans la soupe, cette aubaine nous sauve la vie pour un jour.

Nos brancardiers sont revenus, la route menant à l’aérodrome n’est qu’une tombe, tout du long. A droite et à gauche, des blessés gelés sont étendus sur des kilomètres, des camarades qui ont tenté de se frayer un chemin jusqu’au champ d’aviation et que le vent glacial a éparpillés… on dit qu’il y en a des milliers couchés au bord de la route… ce sont des blocs congelés, faits de corps humains, une voie pavée de morts. Je reste ici, dans ma cave, mon garçon. Je ne suis que légèrement blessé et je m’occupe des autres camarades afin que leur agonie ne soit pas trop cruelle. Combien de temps le pourrais-je ? Je ne sais. S’occupera-t-on de moi lorsque mon tour viendra ?

Mon fils, Dieu n’a pas créé le ciel et l’enfer… Il n’a voulu que le ciel. L’enfer est oeuvre humaine et a nom Stalingrad. » Konsalik (Amours sur le Don)

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