La malle du Grand Meaulnes

« -. Un jour de congé, j’avisai au grenier une vieille petite malle longue et basse, couverte de poils de porc à demi-rongés, et que je reconnus pour être la malle d’écolier d’Augustin Meaulnes. Je me reprochai de n’avoir point commencé par là mes recherches. J’en fis sauter facilement la serrure rouillée. La malle était pleine jusqu’au bord des cahiers et des livres de Sainte-Agathe. Arithmétique, littérature, cahiers de problèmes, que sais-je… Avec attendrissement plutôt que par curiosité, je me mis à fouiller dans tout cela, relisant les dictées que je savais encore par coeur, tant de fois nous les avions recopiées ! « L’Aqueduc » de Rousseau, « Une aventure en Calabre » de P-L Courrier, « Lettre de George Sand à son fils »

Il y avait aussi un cahier de devoirs mensuels. Les premières pages étaient tenues avec le soin religieux qui était de règle lorsqu’on travaillait sur ce cahier de compositions. Mais il n’y avait pas plus de trois pages écrites, le reste était blanc et voilà pourquoi Meaulnes l’avait emporté.

Tout en réfléchissant, agenouillé par terre, à ces coutumes, à ces règles puériles qui avaient tenu tant de place dans notre adolescence, je faisais tourner sous mon pouce le bord des pages du cahier inachevé. Et c’est ainsi que je découvris de l’écriture sur d’autres feuillets. Après quatre pages laissées en blanc on avait recommencé à écrire.

C’était encore l’écriture de Meaulnes, mais rapide, mal formée, à peine lisible. De petits paragraphes de largeurs inégales, séparés par des lignes blanches. Quelquefois une date. Dès la première ligne je jugeai qu’il pouvait y avoir des renseignements sur la vie passée de Meaulnes à Paris, des indices sur la piste que je cherchais, et je descendis dans la salle à manger pour parcourir à loisir, à la lumière du jour, l’étrange document. Il faisait un jour d’hiver clair et agité. Tantôt le soleil vif dessinait les croix des carreaux sur les rideaux blancs de la fenêtre, tantôt un vent brusque jetait aux vitres une averse glacée. Et c’est devant cette fenêtre, auprès du feu, que je lus ces lignes qui m’expliquèrent tant de choses et dont voici la copie très exacte… » Alain-Fournier (Le Grand Meaulnes)

2 réflexions sur “La malle du Grand Meaulnes

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