La ville sans adresse

« – Volgograd… C’est plus que le nom d’une ville… Ce n’est pas seulement une mer de maisons sur les rives de la Volga, animée d’une circulation intense, du grincement des grues de sa reconstruction, pas plus qu’elle ne se révèle par ses vitrines étincelantes, ses filles aux jupes en corolle, ses hommes à la démarche assurée, ses bals sur les îles artificielles du fleuve et ses blancs paquebots des voyages de vacances. Ce n’est pas non plus cette poussière venue d’Asie, que le vent disperse chaque jour à travers les rues où des ruines se voient encore, telles des mendiants parmi l’essor gigantesque d’une monde nouveau. Ce n’est pas davantage cette déesse de la victoire, sur la colline Mamaïev, menaçant les cieux de son épée invisible, criant son défi à l’Occident, ni les drapeaux pris aux Allemands dans le Musée de la guerre, ni les fortifications creusées par les Tartares, ni cette route menant à l’aérodrome de Pitomik, qui fut jadis recouverte de 20.000 cadavres gelés, ou Goumrak, où l’on se servit des morts pour édifier des rampes en escaliers, pour monter dans des wagons, ni les rives de la Volga, où toute une armée grouilla naguère. Rien de cela n’est Volgograd, pas plus que le Planétarium, le théâtre Gorki, l’avenue triomphale qui s’en va vers le fleuve, bordée de temples, à travers une ville gigantesque de 70 kilomètres de long et qui, la nuit venue, brille comme une ceinture de joyaux, infinie.

Qui eut nom Stalingrad, où il n’y avait plus de maisons, de rues, mais un paysage lunaire de cratères géants, de montagnes de débris, de tôles et de corps humains déchiquetés, ce Stalingrad, où 41.000 maisons furent pilonnées en un amas informe et que l’on appela : la ville sans adresse. Cette ville ressuscitée qui compte 800.000 habitants, où se côtoient tous les peuples de ce grand pays, Kirghiz, Tartares, Russes blancs, Moscovites, Cosaques, Kalmouks, Arméniens. Cette ville, porte ouverte vers les terres russes du Sud, est plus qu’un simple nom, qu’un souvenir sanglant, qu’un remord allemand, que le champ de repos d’une armée entière, ou un tournant de l’histoire… C’est une expression du Destin.  » Konsalik (Amours sur le Don)

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