Dans les tranchées

 »-. Je vais crever là, comme un chien, murmure Jules à ses fantômes, comme s’ils lui tendaient déjà leur main décharnée. Les souvenirs immédiats reviennent à la surface de son esprit, en images d’abord floues, et dont le contour se précise progressivement. Le capitaine Meyer a donné l’ordre de se préparer, l’assaut aura lieu à la baillonnette. L’éclat blanc de l’acier paraît vouloir rivaliser avec le feu d’artillerie qui se déverse sur les lignes adverses. Le rituel militaire est immuable, après un pilonnage intensif des tranchées ennemies, les fantassins n’auront qu’à nettoyer prestement le terrain. S’il subsiste des poches de gaz, il faudra les traverser au plus vite. Un général a mesuré que l’exposition au danger est inversement proportionnelle au temps d’exposition. Alors, il suffit de courir.

Tant pis si le soldat étouffe sous le masque qui emprisonne son visage, et si les lucarnes en sont si étroites et opaques qu’elles réduisent la vue à néant, il faut foncer, aller de l’avant. Les officiers font distribuer double ration d’eau de vie, elle réchauffe le ventre et réduit les interrogations qui pourraient germer sous les casques. Ceux qui ont déjà vécu ces corps-à-corps savent que l’affrontement sera terrible, bestial. Pour les autres, avant le bond de l’inconnu, c’est la peur qui tenaille l’abdomen. Entassés dans les abris, répartis dans les boyaux, ils attendent de partir à la mort. » Gérard Gettour-Baron ( Les maîtres du temps)

3 réflexions sur “Dans les tranchées

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