Mes nuits avec toi

 »-. Et que dire des nuits ? Adrien ne pouvait éviter d’y penser. Depuis son mariage, il n’avait plus cherché à prolonger les bavardages du soir avec Clarence. Il ne souhaitait, quand un laps de temps convenable s’était écoulé après le dîner, qu’à rejoindre Virginie dans le grand lit à baldaquin parfumé et frais, où elle lui livrait sans retenue son corps admirable.

Elevé dans la méfiance de la chair, Adrien avait longtemps cru que le plaisir qu’on en tirait était corrupteur de l’âme et ne pouvait être que la fugace et regrettable récompense de l’acte sacré de la procréation. Il devait le plus clair de sa curiosité amoureuse à quelques gravures de Fragonard, reproduites dans un ouvrage dont il ignorait comment il était parvenu sur le rayon le plus élevé de la bibliothèque de son père. L’idée qu’il se faisait des rapports sexuels se résumait à un mélange de pruderie spontanée et de lubricité inconsciente. La défunte Dorothée ne lui avait pratiquement rien révélé de l’anatomie féminine, subissant les yeux clos, les narines pincées, en silence et dans l’obscurité la plus complète, les assauts désordonnés auxquels il se livrait, de temps à autre, avec une détermination d’explorateur. » Maurice Denuzière (Louisiane)

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