Elegantissima

 »-. Comme toujours en pareil cas, le général Tampleton, qui ne demandait pas mieux, fut choisi comme chevalier servant, bien qu’il eût de plus en plus tendance à s’endormir au spectacle et à se jeter sur le porto aux entractes pour, affirmait-il, -se garder de toute somnolence-.

La mode, cette année-là, était aux robes à tournure, moulant la hanche jusqu’à mi-cuisse, évasées du bas et agrémentées, sous les fesses, de noeuds volumineux qui rendaient inconfortable la station assise. Pour le soir, heureusement, on pouvait se débarrasser de ces volutes encombrantes, à condition que la robe, décolletée ou non, enserre le corps, du buste aux genoux inclus, ce qui obligeait les élégantes à faire de tous petits pas. Les chapeaux devenaient, par la dictature des modistes, de minuscules bibis que l’on plaquait quasi verticalement sur le front, ou que l’on posait sur le sommet de la tête quand ils étaient agrémentés d’aigrettes, ou de panaches de plumes d’autruche ou de cygne.

La dame de Bagatelle, qui voulait faire honneur à son fils et ne pas passer pour une de ces vieilles douairières de plantation qui en étaient toujours à la crinoline, étrenna cet hiver-là une série de toilettes inspirées par la mode, mais adaptées à son âge. -. C’est bien la plus jolie grand-mère que j’ai jamais vue-, dit le général, qui arborait, comme tous les hommes élégants, le frac ou le manteau court à bords arrondis. » Maurice Denuzière (Fausse-Rivière)

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