Le marchand de musique de la rue Defly

 »-. Le marchand de musique de la rue Defly accordait les instruments dans son arrière-boutique, qui donnait sur une cour. Un serrurier-ferronnier y était installé depuis trois générations. Les deux activités ne se mariaient pas. Les disputes étaient fréquentes. -. Si la musique disparaissait de la surface de la terre, fulminait l’accordeur, ce rustre ne s’en apercevrait pas-. Le génie de Mozart logeait en lui, il n’adoucissait pas ses mœurs.

Le va-et-vient des limes fortes et carrées sur l’étau, les coups redoublés et réguliers sur l’enclume l’exaspéraient. Le ferronnier avait beau se dire que, –depuis le haut Moyen-âge, on considérait son métier comme un art, que ce n’était pas rien d’assouplir et mener le fer à volonté-, il se sentait presque gêné de cisailler, rebraser, assembler, façonner au repoussé, poinçonner. Crémones, charnières, espagnolettes, gonds et autres délicatesses mécaniques ou d’ornementation lui devenaient insupportables. La vue des carreaux et carrelets de différentes forces le déprimait. La joie du travail accompli le fuyait. Son esprit battait la campagne. Il martelait et fraisait sans allant. La candeur l’abandonnait. Il glissait sur la mauvaise pente. On commence par devenir taciturne, on finit par se suicider ou tuer son voisin. L’affaire faillit tourner au drame lorsque son fils à son tour s’éprit de musique. » Louis Nucera (Chemin de la Lanterne)

2 réflexions sur “Le marchand de musique de la rue Defly

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