Entonner le « Sederunt »

« -. L’Abbé invita à entonner le Sederunt : Sederunt principes Et adversus me Loquebantur iniqui, Persecuti sunt me. Adjuva me, Domine, Deus meus salvum me, Fac propter magnam misericordiam tuam.

Je me demandai si l’Abbé n’avait pas choisi de faire chanter ce graduel précisément cette nuit-là, quand étaient encore présents à la fonction les envoyés des princes, pour rappeler combien depuis des siècles notre ordre était prêt à résister à la persécution des puissants, grâce à son rapport privilégié avec le Seigneur, Dieu des armées. Et en vérité, à peine entonné, le chant donna une grande impression de puissance.

Sur la première syllabe se débuta un choeur lent et solennel de dizaines et dizaines de voix, dont la tonalité basse emplit les nefs et flotta au-dessus de nos têtes, quand elle semblait pourtant surgir du coeur de la terre. Et elle ne s’interrompit pas car, tandis que d’autres voix commençaient à tisser, sur cette ligne profonde et continue, une série de vocalises et de mélismes, elle -tellurique- ne cessait de dominer et n’eut point de trêve tout le temps qu’il faut à un récitant à la voix cadencée et lente pour répéter douze fois l’Ave Maria. » Umberto Eco (Le nom de la Rose)

« Carmina Burana » Floret Sylva (Galerie Z’Artistes)

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