La servante qui voulait devenir riche

 »-. Dès son arrivée au domaine, la servante avait déposé son baluchon dans la chambre qu’elle partagerait avec sa tante, puis, le corps ceint d’un grand tablier, elle s’était mise à l’ouvrage. En même temps qu’elle frottait les chandeliers de cuivre, elle s’était souvenue des Restanques de son enfance.

La propriété lui semblait alors un château. Elle revoyait Robert Barthélémy parcourant à cheval les terres où travaillaient les journaliers. Jeanne l’appelait pour lui tenir compagnie et, l’espace de quelques heures, Rosalie se voyait projetée dans un monde privilégié. Le moment arrivait, pourtant, où il lui fallait abandonner des jouets qui ne lui appartenaient pas. Dans les communs, sa mère avait préparé la soupe. Elle la mangeait sans plaisir et se couchait dans un coin de la chambre familiale.

Toutes les nuits, son père ronflait. Elle avait beau se boucher les oreilles, le bruit la tenait éveillée. Ce fut au cours de ces insomnies forcées qu’elle se jura de devenir riche. Comme Jeanne, elle posséderait, un jour, des robes de velours et nouerait des rubans dans ses cheveux. Comme Jeanne, elle apprendrait à jouer du piano et boirait dans une timbale en argent où serait marqué son prénom. » Dominique Marny (A l’ombre des amandiers)

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