Furie

 »-. Galopant vers la gauche dans une lueur souffrée d’ Apocalypse, la sorcière casquée, au nez pointu, crinière volante, étincelants yeux ronds d’oiseau, cou en corde et bouche vociférante, le sein aride sous la cuirasse, portait le fer à grande croix dans les campagnes fumantes. Peut-être par colère, peut-être par indignation.

Elle tenait encore son cabas de ménagère suspendu à son bras gauche. C’était la Dulle Griete. Marguerite. Margot la Folle. Margot l’Enragée, Margot, la guerre et la folie en une seule furie. Grouillaient autour de la ravageuse femelle efflanquée, les archers dans des chaudrons, les porteurs d’oriflammes peintes de raies mortes, les nains brandisseurs de masses d’armes, les singes lubriques levant les hallebardes. Les masques morbides, les poulpes humains à tête d’oiseau, les désentripailleurs, les lansquenets violeurs et les bourreaux, les accoucheurs de boules, doigts en crocs, arrachant les sexes.

Et dansaient en haut du mât de Cocagne tous les démons batraciens de la Saint-Jean, toutes les fureurs incarnées de l’équinoxe d’été, toute la folie du sablier renversé du plus long jour de l’année. » Armand Lanoux (Quand la mer se retire)

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