Énorme et tragique paysage

 »-. Sur nos têtes, le ciel ne gardait de ses nuages que quelques traces légères, pareilles au peu de cendre blanche que laissent les bûchers consumés. Le soleil embrasait en cercles les cimes des rochers, faisant jaillir sur l’azur leurs lignes solennelles. D’en haut une grande tristesse et une grande douceur tombaient dans l’enceinte solitaire, comme un breuvage magique dans une coupe profonde.

De toutes parts, dans la lumière crue, se déployait sous nos pieds un superbe spectacle. La chaîne des rochers, visible tout entière dans sa stérilité désolée jusqu’aux extrêmes sommets, s’allongeait comme un immense entassement de choses gigantesques et informes, demeuré pour stupeur des humains en témoignage de quelque titanomachie primordiale. Tours écroulées, citadelles renversées, colosses mutilées, proues de vaisseaux, croupes de monstres, ossature de titans, cette masse informe par ses reliefs et ses creux, stimulait tout ce qu’il y a d’énorme et de tragique. » Gabriele d’Annunzio (Les Vierges aux Rochers)

J’avais un travail en cours. Sur mon chevalet, à peine ébauchée, le visage d’une femme qui eût été une sultane, si je n’avais, par quelque heureux hasard, rencontré ce beau texte paysager et grandiose. Quelques larges touches de peinture grassement et grossièrement mélangées à la brosse à dent ont dirigé mon oeuvre vers une toute autre dimension. Des blocs de rochers, des tours écroulées, des croupes énormes et tragiques, voilà de quoi titiller l’oeil d’un peintre et surtout son imagination. Pour transformer le tout en falaises vertigineuses.

60x60cm « A pic de falaise » (Galerie Les Clins d’oeil de Dame Nature)

Mon conseil. – Pourquoi pas changer d’avis et utiliser sans vergogne le fond d’un tableau en cours pour suggérer une toute autre approche, me disais-je. Ainsi, l’on ne perd pas de temps, le décor est posé, il ne reste qu’à l’accentuer, ou le minimiser, et le tour est joué. – Cet exercice de passe-passe n’est toutefois pas à conseiller aux débutants. Il faut avoir, en tête, l’image de son tableau terminé avant même qu’il ne soit commencé, et utiliser les moindres détails qui iront en ce sens. – Réussi, ou raté, car cela arrive tous les jours en peinture, l’exercice est intéressant et formateur. Que du plaisir !

3 réflexions sur “Énorme et tragique paysage

Répondre à Patrick Blanchon Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s