La promenade du jeudi

 »-. Des cyprès à droite, à gauche, devant nous. Une dame trottine, un arrosoir à la main. Une autre fait jaillir l’eau d’une fontaine, jette des fleurs fanées et nettoie un vase. Une odeur d’eau croupie me parvient. D’aussi loin que remonte ma mémoire, elle me prend à la gorge.

J’ai souvent parcouru ce chemin avec ma mère. C’était la promenade du jeudi. Nous prenions à pied afin d’économiser sur le prix du trajet. Raide était la pente, et longue. Nous rendions visite à mon père. Il n’était plus à la maison, les dépenses inconsidérées nous étaient interdites.

Ma mère lavait la dalle, ôtait les herbes folles, changeait les fleurs quand il y en avait, puis s’asseyait. Elle entrait en conversation avec l’au-delà le plus naturellement du monde. Pendant qu’elle demandait à celui qui demeura son époux de nous protéger, je lisais l’inscription 1898-1933. Trente-cinq ans. Il me semblait que mon père n’était pas mort jeune, à l’inverse de ce qu’affirmait la famille. Aujourd’hui, il pourrait être mon fils.

Des stèles grandiloquentes, de la terre fraîchement remuée,des sépultures écrasées, des croix, des anges. Des portraits, des noms effacés, de petites chapelles, des roses blanches. Nous avancions entre deux haies de tombes. » Louis Nucera (Chemin de la Lanterne)

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