Prendre la mer

 »-. La barque remue. C’est la première fois qu’il met le pied sur un bateau. Ça lui fait drôle. Il pense aux rêves qu’il faisait, quand, planté au bord extrême de la montagne de Grand Cap, il s’en allait tout entier, en desir, vers cette bande brillante qu’il savait, là-bas, être la mer. Mais il ne la voyait pas comme ça. Familière. Tachée d’huile, salie par les nettoyages des moteurs, lavant les chiffons poussiéreux, transportée par seaux sous la poussée des balais-brosses, et devenue comme la servante de tous ces petits bateaux.

Non, lui, il avait vu un grand large d’eau verte, un peu comme sa forêt quand on la regardait d’en haut, avec de temps en temps des montagnes d’écume qui se déversaient majestueusement. Et que son navire, son immense navire, coupait avec indifférence…-. . Tu vois, il y a un petit trou ici, il faut calfater. -… Et le beau pont verni où les belles passagères en robes fines sont allongées dans les fauteuils de toile. -. La balise, devant, où je vais pêcher, c’est pas loin, mais on a le temps de se mouiller les pieds, si on calfate pas.-. … Et les pays où les mers sont noires et rouges, où les marins sont reçus dans des fêtes, sous les bananiers, vers des cases emplies de négresses nues…- » Thyde Monnier (Grand Cap)

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