Abel, sept mois

 »-. Comment, on baigne Abel tous les jours dans une bassine, et en lui savonnant la tête par-dessus le marché ? On va lui faire passer les couleurs, c’est très malsain. Tout le monde sait qu’il ne faut pas toucher à la croûte graisseuse qui se forme naturellement sur la fontanelle des petits. Il suffirait de le débarbouiller avec un coin de serviette trempé dans un plat à barbe. Et cette façon de le laisser gigoter dans ses petites robes au lieu de le sangler dans des langes comme cela s’est toujours fait ! -. Vous voulez peut-être aussi que je le pende à un clou, comme on faisait dans l’ancien temps ?-

Les deux harpies se relaient pour corner qu’il est dangereux d’aller promener Abel au parc de la Pépinière, dont le grand air contient des germes de maladies. Qu’elle a tort de ne pas le bercer quand il pleure. Ce qui les déchaîne par-dessus tout, c’est qu’Abel ne soit pas baptisé. -. Supposez qu’il arrive malheur au cher petit, sans baptême, on ne pourrait même pas lui faire un enterrement chrétien. -. Mais regardez comme il est rose et dodu ! Croyez-vous que le baptême lui manque ? Sottises ! Mon enfant est mon enfant, moi seule décide de ce qui est bon ou mauvais pour lui. Compris ?- Abel, qui a sept mois, rit aux anges, inconscient des bagarres dont il fait l’objet… » Geneviève Dormann (Le Roman de Sophie Trébuchet)

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