Jeux d’enfants confinés

 »-. Notre demeure s’était transformée en forteresse. Deux gardiens tcherkesses en armes veillaient, tour à tour, jour et nuit, derrière le portail. Des amis de la famille, dont le quartier était encore plus menacé que le nôtre, s’étaient réfugiés chez nous et dormaient sur des lits de camps, dans les couloirs.

Confinés à la 🏡, mon frère et moi devions nous contenter de soulever de temps à autre les matelas qu’on avait fixés sur les fenêtres pour les protéger des balles. Nous jetions un regard à l’extérieur et échangions nos impressions d’une voix assourdie. Là-bas, des silhouettes en uniforme avançaient en rasant les murs, avec, disait mon frère, des ruses de Sioux.

Mais, par extraordinaire, ces Sioux n’étaient pas des Rouges. C’étaient même, contre toute logique, des Blancs, défenseurs héroïques de l’ordre, reconnaissables au brassard qu’ils portaient sur la manche. Ils étaient très jeunes et avaient tous un pistolet ou un fusil à la ✋. Sur le coup de midi, notre cuisinier leur passait un bout de 🍞 et du lard par le soupirail du rez-de-chaussée. Derrière le coin de la rue, il y avait les bolchéviks, les Rouges, responsables selon papa de tous les maux de la Russie. » Henri Troyat (Le fils du satrape)

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