Le repas de fiançailles

 »-. C’était le déjeuner de fiançailles. Sa mère, en robe de velours noir, avait mis sur sa tête des plumes d’oiseau du paradis, qui tremblotaient devant le boa de la femme du maire. Son père avait gominé les crocs de ses moustaches. Germaine, vêtue de taffetas bleu, affichait l’attitude modeste de la demoiselle qui sort du couvent. Le maire présenta son fils à la promise. Ce jeune rouquin n’était pas l’image de la séduction, sans en être moins prétentieux. Sans doute ignorait-il que, jadis, les Égyptiens tuaient les enfants nés roux.

Au dessert, il tira cérémonieusement un écrin de sa poche et le tendit à Germaine en rougissant. La conversation s’était arrêtée, tout le monde avait les yeux fixés sur ce geste symbolique. Germaine souleva le couvercle et éclata de rire.-. C’est un brillant bouffé aux mites ! Il manque une loupe pour le voir-. Germaine plaisante-, dit son père qui tentait de sauver la face. Pour bien faire comprendre qu’elle ne plaisantait pas, Germaine arracha le minuscule brillant de son écrin et le lança dans la bombe glacée. Ce fut comme si la foudre tombait sur la table. Germaine n’avait plus qu’à quitter la place. » Roger Peyrefitte (Manouche)

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