Mère chérie

 »-. Il ne savait même plus l’âge de sa mère. Elle devait bien se défendre contre l’âge. Elle avait toujours su. Décoloration et tailleur blanc, et un fils disparu. Un industriel bon teint veillait à son confort, il matelassait de billets cette attente de décrépitude qu’elle avait toujours crainte. Mère chérie, où êtes- vous ? Au cap d’Antibes, dans la villa mauresque ? Avenue Mandel, dans le salon vert d’eau ? Mère chérie, quel âge avez-vous eu, ces dernières années ?

Mère chérie, souvenez-vous. Une guerre vous a arraché une tendresse alarmée. Votre fils, pour une fois, faisait son devoir. Une tendresse à distance, la plus sûre des tendresses. Son devoir. Que faire d’un grand garçon rendu à la vie civile, et qui ne sait rien faire ? L’industriel pousse à l’aventure, vous y consentez avec quelques soupirs de circonstance. Il le faut bien… Votre âge, vos amis, votre position sociale… L’aventure, une liasse de billets, un passeport en règle, un billet aller sans retour. Bon vent, bonne voile, salut les Amériques. Mère chérie, depuis quand vous n’en finissez plus de vivre ? » Pierre Kiria ( L’été à coeur perdu)

2 réflexions sur “Mère chérie

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