Impudeurs féminines

 »-. Souvent, je repassais en mémoire, pour le plaisir d’une divagation solitaire, des reproductions de tableaux que j’avais aperçues dans de vieux numéros de l’ Illustration. Nymphes offrant leurs seins d’albâtre à quelque dieu de l’Olympe, coupes rebondies, nombrils coquins, aisselles prometteuses, je les laissais défiler dans ma tête pour une somptueuse revue de détail.

Ma préférence, dans ce harem pictural, allait à La Naissance de Vénus, par Botticelli. J’aimais cette créature entièrement nue, à la candeur capiteuse, dont les pieds reposaient sur une énorme coquille. Et qui, d’une ✋, se voilait chastement la poitrine. Tandis que de l’autre, chastement appliquée devant son entrecuisse, elle dissimulait, sous la retombée de sa longue chevelure, le lieu béni de toutes les convoitises masculines.

Cependant, chose curieuse, plus encore que ces anatomies impudiquement dévoilées, c’étaient les souvenirs de certaines phrases relevées lors de mes lectures qui excitaient mon imagination, en évoquant une femme – dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil-, il me semblait que je soulevais un drap et découvrais un corps à la chair paisible, tiède, radieuse. N’était-ce pas une preuve du pouvoir magique des mots sur l’esprit du lecteur ? » Henri Troyat ( Le fils du satrape)

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