L’histoire triste d’un petit vaurien

 »-. Depuis que sa mère, originaire de l’Équateur, l’avait abandonné chez l’épicier, entre deux bus, alors qu’il était enfant, Ecuador avait été pour le village de Greenhaven une sorte de bien communal. Avant d’en devenir le vaurien, le malheureux, l’idiot, selon la clémence et la morale de chacun. Tour à tour l’épicier, le pasteur, le shérif s’étaient occupés de lui. On l’avait lavé, poncé, nourri, éduqué. On l’avait envoyé à l’école et on lui avait appris à tailler les pelouses, à livrer le lait, à faire fonctionner la pompe à essence du garage. Greenhaven avait eu pour ce petit déshérité les meilleurs intentions chrétiennes et chez le petit garçon à tablier noir, aux brodequins cirés, on avait oublié les cheveux de jais, le teint mat, l’or des yeux brûlants et froids, l’expression ironique ou grave imputée à une timidité bien compréhensible chez un bâtard. Un orphelin trop noir de teint pour se croire innocemment Américain.

Les années passèrent. L’enfant s’ouvrit à la vie. Et Greenhaven ouvrit les yeux. Le village avait nourri dans son sein une mauvaise graine, une herbe folle. Renvoyé de l’école, Ecuador pêchait dans les rivières, maraudait des pommes, chapardait les bouteilles de lait, tournait autour des débits de boisson, fumait des mégots, cherchait la compagnie de quelques vieux clochards. » Pierre Kiria (L’été à coeur perdu)

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