La Casa de tous nos péchés

 »-. C’était un tas de planches bleues, réunies de guingois à l’ombre d’un palmier. Depuis, le tas de planches s’était agrandi, et sa propriétaire continuait de le peindre en bleu, pour contrebalancer l’énorme quantité de péchés qui se commettaient sur cette terre, et en particulier sous son toit.

Le Padre était là tous les soirs, et on ne lui connaissait pas d’autre nom que celui de Guenille, mais ce nom-là lui convenait à merveille. Cette guenille ambulante était arrivée un jour en proclamant qu’il était temps de porter la parole du Christ dans un lieu qui en avait bien besoin. D’année en année, l’envoyé du Christ avait englouti des tonneaux de cachaça, et remis très peu de monde dans le droit chemin. Avant d’arriver là, il baptisait les négrillons en série dans une plantation. De temps en temps, il priait aux enterrements si quelqu’un pouvait payer. -. Les autres, les pauvres, ils ont tellement souffert dans leur vie qu’ils montent au ciel sans salamalecs-. Le Padre avait abusé de cette philosophie, comme il avait abusé aussi de l’esclave favorite du planteur, qui l’avait chassé. Mais il savait toujours lire, seul talent qu’on lui connût. » Gérard Lauzier et Marie-Ange Guillaume (Le voleur de dentelles)

4 réflexions sur “La Casa de tous nos péchés

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