Dans le sable, gravé

 »-. Premiers essais de saurissage dans les saules creux. L’anguille et la nasse, couple de mots, devinrent couple d’idées. Et moi, qui ne pouvais me retenir de mettre des signes partout, j’en fis des images. Après avoir vidé les nasses, avant de quitter la plage, je dessinais à l’aide d’une coquille à bords vifs dans le sable humide. Par exemple, des anguilles se tordant derrière une vannerie savante. Et si notre contrée n’avait pas été plate et marécageuse, mais montagneuse et susceptible de fournir des cavernes, j’aurais sûrement légué au rocher, comme gravure rupestre, l’anguille dans la nasse. L’on dirait à l’époque actuelle –Gravures rupestres néolithiques de cultures halieutiques du Nord-Est européen, apparentées aux dessins sur os et sur ambre de la culture sud-scandinave-.

Marquer des signes, faire un portrait, ça, la déesse Ava ne savait pas le faire. Certes, elle trouvait que mes dessins sur sable étaient beaux et susceptibles d’utilisations culturelles. Certes, elle voulut se voir elle-même reproduite avec ses trois seins. Mais le jour où je reproduis une nasse à quintuple rétrécissement, comme ça, histoire de m’amuser, leur figuration graphique fut interdite. Défense de dépasser la valeur de base trois posée par Ava . » Günther Grass (Le Turbot)

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