La grande petite âme de Gavroche

 »-. Le spectacle était émouvant et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez.

Une balle pourtant, mieux ajustée et plus traitre, finit par atteindre l’enfant feu-follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri, il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter. -. Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à.…-. Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler. » Victor Hugo (LesMisérables)

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