Festin de reines

 »-. Les prisonnières regardaient avec des yeux de jeunes fauves ces victuailles étalées que d’Artois affectait de mépriser. Blanche en avait les larmes au bord des paupières. Là-dessus le silence tomba, car ils se mirent à dîner. Tout autre que Robert d’Artois se fut ému de voir les deux femmes se jeter sur les mets comme des pauvresses. Elles ne cherchaient même pas à feindre la retenue, et lampaient le potage. Et portaient au pâté sans presque prendre le temps de respirer.

D’Artois avait piqué le lièvre au bout de sa dague, et le présentait aux braises de la cheminée pour le réchauffer. Ce faisant, il continuait d’observer ses cousines, et un rire gras lui montait à la gorge. -. Je poserais leurs écuelles à terre, qu’elles se mettraient à quatre pattes pour les lécher-. Elles buvaient le vin comme si elles avaient voulu compenser d’un coup sept mois d’eau de citerne. Le sang leur montait aux joues. -. Elles vont être malades, et finir cette belle journée en vomissant leurs tripes-. » Maurice Druon (Les Rois Maudits)

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