Soupirer derrière le soupirail

 »-. Malgré l’étroitesse du soupirail, Marigny pouvait voir, entre les gros barreaux scellés en croix, le tissu somptueux du ciel où brillaient les 🌟 d’avril. Il ne souhaitait pas dormir. Il épiait les rares rumeurs nocturnes de Paris, le cri des sergents du guet, le roulement des charrettes campagnardes apportant leurs chargements à la halle aux légumes…. Cette ville dont il avait élargi les rues, embelli les édifices, calmé les émeutes. Cette ville nerveuse, où l’on sentait à tout instant battre le pouls du royaume, et qui avait été pendant seize ans au centre de ses pensées et de ses soucis. Il s’était mis, depuis deux semaines, à la haïr comme on hait une personne.

Celui qui a longtemps gouverné les hommes, s’efforçant d’agir pour le bien général, et qui sait les peines que cette tâche lui a coûtées, lorsqu’il s’aperçoit soudain qu’il n’a jamais été ni aimé ni compris, mais seulement subi, connaît une immense amertume. Et se prend à s’interroger sur l’emploi qu’il a fait de sa vie. –. Les honneurs, je les ai tous eus. Mais jamais le bonheur, car jamais je ne pensais avoir parfait mon labeur. Valait-il d’oeuvrer autant pour des gens qui me tenaient en si grande aversion ?-. » Maurice Druon (Les Rois Maudits)

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