Le dire avec des fleurs

 »-. Martial Maire, un innocent qui avait perdu la moitié de sa tête sous le sabot d’un bœuf, déposait chaque matin devant la porte de sa classe un bouquet qu’il cueillait lui-même, et quand il n’y avait pas de fleurs, c’était une poignée de belle herbe dans laquelle le serpolet répandait une odeur de menthe et la luzerne un parfum de sucre. Quelquefois, quand il ne trouvait ni l’herbe ni les fleurs, il laissait trois cailloux qu’il avait pris soin de laver à la grande fontaine, et ensuite d’essuyer contre la laine de son maillot troué.

Certains auraient ri du fou, jeté l’herbe ou les cailloux. Lysia les ramassait lentement. Elle déposait les fleurs ou l’herbe dans un petit vase en céramique bleue qui imitait la forme d’un jeune cygne, et les cailloux sur le bord de son bureau. Martial Maire regardait la scène du dehors. Plusieurs auraient aimé être à la place de l’innocent. Maire était en quelque sorte leur part de rêve. Aucun ne pensa jamais à s’en moquer. » Philippe Claudel Les âmes grises)

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