Hier, le temps s’est arrêté

 »-. Hier, je suis allé traîner vers le Pont. Tu te souviens ? Quel âge avions-nous ? Un peu moins de vingt ans ? Tu portais une 👗 couleur de groseilles. J’avais le ventre serré. Nous étions sur le pont et nous regardions la rivière. -Ce courant, tu me disais, c’est notre vie qui passe, regarde comme elle va loin, regarde comme elle est belle, là, entre les fleurs de nénuphars, les algues aux cheveux longs, les berges de terre glaise-.

Je n’osais pas te prendre par la taille. J’avais dans mes tripes un noeud si violemment serré que je respirais à peine. Tes yeux regardaient le lointain. Les miens regardaient ta nuque. Je sentais ton parfum d’héliotrope et celui de la rivière, tout de frais et d’herbes mâchées. Puis, sans que je m’y attende, tu t’es tournée vers moi, m’as souri et m’as embrassé. C’était la première fois. L’eau courait sous le pont. Le monde avait l’éclat des beaux dimanches. Le temps s’est arrêté. Hier, je suis resté longtemps sur le Pont. La rivière est la même. Il y a toujours ces grands nénuphars, ces algues aux cheveux longs, ces berges de terre glaise. » Philippe Claudel (Les âmes grises)

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