La mitraille

 »-. Les Français occupèrent peu à peu les vallées. Des tranchées, on les voyait s’agiter sur les berges. Chacun de leurs mouvements propageait dans le dos de Velko un frisson de peur et d’impatience. Il ne pouvait pas supporter de demeurer accroupi dans ces longues tombes de vivants, peu profondes, à peine camouflées par les branches dont les feuilles frémissaient sous la puissance de leur souffle.

Quand ils attaquèrent enfin sous le couvert de l’artillerie, Velko courut dans un crépuscule dont la beauté le pénétra comme une balle. Au-dessus de lui, le ciel rouge se reflétait dans l’eau du fleuve. L’herbe sèche des rives glissait sous ses pas. Ce fut le premier instant. Puis les mitrailleuses crépitèrent, et il continua de courir, curieusement persuadé d’être protégé par l’écho assourdissant et la brume qui l’aveuglait. Il ne se sentit pas mouillé quand il traversa le fleuve. Avant de remonter sur l’autre rive, il aperçut plusieurs corps qui flottaient autour de lui. Il émergea, lourd et ployé. » Liliane Guignabodet (Natalia)

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