La vie conjugale

 »-. La fiancée, elle, se sentait bizarre. Titillée par l’allégresse de sa soubrette Pompon, rassurée par la réserve courtoise de Louis-Antoine Duthillet, réchauffée de sourires, interrogée, embrassée, félicitée, enviée, Jeanne avait l’impression de vivre à la surface d’elle-même. Une vie agréable lui courait sur l’épiderme. C’était plaisant comme le contact d’une jolie👗 neuve, mais pas plus.

Et ce plaisir était fragile. Quand Pompon l’avait drapée dans la soie à bouquets rouges et qu’elle s’était devinée ravissante dans la toilette qu’on en tirerait, elle avait eu peine à s’empêcher de pleurer. Comme si la pensée d’être ravissante pour paraître au bras de Louis-Antoine ne lui inspirait que du regret. Il lui était difficile de penser à son fiancé autrement que comme à un homme en noir assez élégant et de parfaites manières, qui conversait et jouait aux cartes sans jamais élever le ton. Aussi bien était-ce cet homme-là qu’elle épousait, un juriste affairé le jour, devenant le soir un bourgeois de compagnie, et n’ayant guère, entre les deux, plus d’un quart d’heure d’intimité à donner à sa femme, pour parler de la pluie et du beau temps, du dernier concert et du prochain dîner. Sans doute ferait-il, après tout, un mari plus que passable, un bon ami sûr et discret ? » Fanny Deschamps (Le jardin du roi)

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