Le portrait de la jeune morte

 »-. Du plafond, très haut et presque insoupçonnable, un lustre de trois tonnes au moins augmentait le sentiment de malaise de celui qui se trouvait en dessous. Au mur, face à la porte, un grand tableau tout en hauteur, dans les tons crème, argent et bleu, présentait une très jeune femme, dans une tenue de bal, le front ceint d’un diadème de perles, le teint, sous les vernis obscurcis par le temps, pâle malgré tout, la bouche d’un rose à peine marqué, l’oeil affreusement mélancolique et qui se forçait à sourire, le corps élégamment dressé mais dans lequel on sentait un abandon poignant, une ✋ occupée à ouvrir un éventail de nacre et de dentelle, tandis que l’autre s’appuyait sur la tête d’un 🦁 de pierre.

Je suis resté de longues minutes à regarder celle que je n’avais jamais vue, celle que je n’avais jamais connue, Clélys de Vincey… Clélys Destinat. C’était elle, au fond, la maîtresse de maison, et qui me toisait muettement, moi le visiteur pataud. J’ai bien failli d’ailleurs tourner les talons et foutre le camp. » Philippe Claudel (Les âmes grises)

3 réflexions sur “Le portrait de la jeune morte

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s