Après la guerre

 »-. Il restait dans un coin de la pièce, appuyé au mur, sachant qu’elle ne dormait pas. Il allumait une cigarette, se souvenait de ces nuits de veille quand il fumait, le point rouge caché au creux de sa paume, gardant la fumée dans sa poitrine et la gorge jusqu’à ce qu’il eût la sensation d’étouffer. Il ferma les yeux. Tant de copains, leurs noms amoncelés en tas dans sa mémoire, qui s’étaient fait tuer. Et lui, un survivant.

50x70cm « Uniforme », poème Clara Dupard

Ces nuits de garde, quand de temps à autre une fusée illuminait un secteur du front, laissant voir, accrochés aux barbelés, ces tas de chiffons en forme de corps d’homme que fouillaient les rats, ces nuits-là, il s’était juré que, s’il revenait vivant du carnage, il saurait demeurer vivant, durer, durer, et ne pas être seul. Avoir une femme. Il se déshabilla. Une fois, durant l’hiver 1916, ils étaient restés dix-huit jours sans pouvoir enlever leurs chaussures ou leur capote. Et la crasse, la merde, le sang, avaient durci leurs vêtements. Les draps étaient frais et tendus. Il dormait dans un lit. Il était vivant. Une femme pour lui, à lui. » Max Gallo (Le beau rivage)

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