La belle vie de marin

 »-. D’une voix cassée de vieux clairon, mon hôte me racontait ses campagnes. Le tabac de troupe avait jauni ses doigts et ses moustaches. Il portait une petite barbe, même les pieds nus dans des chaussons, il évoquait un grand-duc en exil. Si ses yeux, dès la naissance, n’avaient pas eu les turbulentes nuances bleu-vert de la houle, ils les auraient prises dans la familiarité des océans. J’y découvrais les flots, les horizons du large.

Les bourlingues de jadis duraient des années ! On avait le temps de se faire une idée de l’absence et de la mer !... Il revoyait et revivait, tel le Douanier Rousseau, des marines féeriques, les énormes estuaires que bordent les palétuviers chargés de cacatoès, les vire-courts fangeux de Saïgon, les atolls qui s’évanouissent, la course dans les voiles sous le ciel noir d’un coup de chien… Ému lui-même par ses phrases, il se détendait, en se roulant une cigarette . Un coup d’œil à la maquette de croiseur ou de sous-marin qu’il bâtissait pour un petit-fils, il repartait au loin. La chute dans l’eau glacée par un coup de roulis. Le chahut des jeunes officiers au milieu du Pacifique. Le clin d’œil d’un Chinois de Shanghai. L’errance nocturne à Port-Saïd. » Henri Queffellec (Les enfants de la mer)

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