Le modèle était nu

 »-. Victorien siégeait devant sa feuille blanche punaisée devant son chevalet. Très sérieux, ✏️ en ✋, il commença d’observer la jeune fille au milieu des garçons, la jeune fille nue qui prenait des poses, des poses qu’il ignorait que l’on puisse prendre. Il s’était fait tout un monde de voir une fille nue. On avait ricané en lui décrivant la scène, et l’anatomie secrète des jeunes femmes, et le regard globuleux des garçons, et celui, apoplectique, du vieux professeur de dessin dont la barbiche tremblait chaque fois que la jeune fille, appas en l’air, changeait de posture. -. Mais, pour cela, il faut payer un droit d’entrée, bien sûr ! Qu’est-ce que tu crois?-

Mais ce n’était pas ça. Il s’en était fait tout un monde de voir une jeune fille nue, mais ce n’était pas ça du tout. Les seins, par exemple, les seins d’une femme nue que l’on regarde ne sont pas du tout ceux d’une statue, ou de ces gravures que parfois il consultait. Les seins vrais sont visiblement plus lourds que ceux qu’on imagine. Ils sont moins symétriques. Ils ont un poids et ils pendent. Ils ont une forme particulière qui n’obéit pas à la géométrie. Ils échappent à l’œil. Ils en appellent à la ✋ pour être mieux perçus. » Alexis Jenni (L’Art français de la guerre)

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