Le fleuve

 »-. Il avait toujours aimé le fleuve. A eux, comme à tous les mallahs fils de mallahs, le fleuve avait toujours tout apporté, de quoi manger, de quoi mourir, les épidémies et les récoltes, les pluies et les sables, le plaisir du bain, la peine des lessives, les noyades, l’osier des basses, le 🐟, l’eau qui fait pousser le grain, les grands vents de chaleur qui remontent son lit, et les trombes de la mousson qui le descendent. Enfin, les frères, les fils, les cousins, les oncles, les amis de même naissance qui sillonnaient ses eaux depuis que le monde est monde, et les ennemis thakurs qui les regardaient passer sur leurs barques d’un œil mauvais, du haut des terres qu’ils leur avaient volées en des temps cachés loin, au fin fond des années et des siècles. Mais qu’on n’oublierait jamais, tant justement que le monde serait monde.

30x30cm  »L’ Or Bleu », galerie Les clins d’œil de Dame nature

Dans les eaux du fleuve coulaient toutes les rancunes, tous les espoirs. C’est à lui qu’on offrait les guirlandes, à lui qu’on remettait les cendres encore chaudes des morts. C’est sur ses berges qu’on venait prier, maudire, jeter des sorts, murmurer des plaintes ou des exécrations. C’est là aussi, au bord du fleuve, de préférence à tout autre lieu, qu’on descendait, d’un bout à l’autre de l’année, savourer ces joies minuscules qui, beaucoup plus que les grandes, font penser simplement qu’il est bon d’être en vie. » Irène Frain (Devi)

3 réflexions sur “Le fleuve

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