Les amours d’une femme laide

 »-. Les amours des femmes laides sont autrement émouvantes que ces caprices de déesses, de modèles et de vedettes dont nous abreuvent le cinéma et l’imprimerie à bon marché. Jérémie et Lili passaient par la force des choses des journées entières dans la boutique. Ils parlaient. Ils parlaient des 💷 qu’ils avaient lus, des pays dont ils rêvaient, de toutes ces grandes espérances qui agitent les jeunes gens. La 🌃 était souvent tombée depuis longtemps sur Berlin que les deux amis étaient assis l’un en face de l’autre, avec une lampe posée entre eux comme l’épée de Tristan.

Elle se tenait très droite, les coudes posés entre les 💷, la tête appuyée sur ses deux ✋ haut croisées. Lui se laissait aller, à moitié étendu sur la table, la figure cachée dans le creux de son bras. Une intimité assez douce s’établissait entre eux. Elle était un peu inégale. Jérémie s’intéressait à tout, voyait le plus de monde possible, se faisait des amis un peu partout, se laissait griser par l’atmosphère puissante du Berlin juif et savant de la fin du dix-neuvième siècle. Lili se refermait, au contraire, sur elle-même. Et elle se confondait de plus en plus avec Jérémie. » Jean d’Ormesson  (Le vent du soir)

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