Coeurs d’enfants

 »-. Nous étions enfants, nous ne savions rien dire, ni de la violence, ni de l’amour, nous faisions sans savoir. Nous n’avions pas la parole, nous agissions. Un soir d’été, nous nous acharnâmes à dessiner à la craie de grands ❤️ fléchés sur le sol de bitume. Nous les faisions roses, entrelacés, entourés de dentelle, et nous écrivions au centre tous les prénoms qui nous passaient par la tête. Nous gribouillions tour à tour, avec acharnement, avec un joyeux acharnement qui cassait nos craies. Avec l’impression délicieuse d’écrire des gros mots mais gentils. Et si l’un de nos parents était arrivé, nous nous serions égaillés en rougissant et en gloussant, les ✋ pleines de poussière de craie, incapables d’expliquer ni notre joie, ni notre gêne.

Nous fîmes ces dessins un soir d’été juste sous un balcon du premier étage, à un mètre du sol, où un tout jeune couple venait d’emménager. La nuée de gamins traçait devant leur balcon des coeurs entrelacés. Le ciel très lentement passait du rose au violet, l’air était doux, heureux. Et ils nous regardaient faire, tous deux enlacés, sa tête à elle sur son épaule à lui. Ils souriaient sans rien dire, et la lumière bleue du soir s’épaississait lentement. » Alexis Jenni (L’Art français de la guerre)

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