Le temps qui passe

 »-. Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme celle des moulins. Cinq ans plus tard, je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des chevaux. J’étais vêtu de noir, et la ✋ du petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. On emportait notre mère pour toujours. De cette terrible journée, je n’ai pas d’autre souvenir. Comme si mes quinze ans avaient refusé d’admettre la force d’un chagrin qui pouvait me tuer. Pendant des années, jusqu’à l’âge d’homme, nous n’avons jamais eu le courage de parler d’elle.

30x40cm « Les deux frangins« , galerie Chemins de spiritualité

Puis le petit Paul est devenu très grand. Il me dépassait de toute la tête, et il portait une barbe en collier, une barbe de soie dorée. Dans les collines de l’Etoile, qu’il n’a jamais voulu quitter, il menait son troupeau de 🐐. Le soir, il faisait des fromages dans des tapis de joncs tressés. Puis, sur le gravier des garrigues, il dormait, roulé dans son grand manteau. Il fut le dernier chevrier de Virgile. Mais, à trente ans, dans une clinique, il mourut. Sur la table de nuit, il y avait son harmonica. Telle est la vie des hommes, quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » Marcel Pagnol (Le 🏰 de ma mère)

2 réflexions sur “Le temps qui passe

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