Au bal masqué, ohé, ohé

 ». Le médecin noir au masque pointu passa sans aucune difficulté le double barrage de gondoliers vénitiens et de laquais à la française qui écartaient les curieux et filtraient les invités. Dans une cour intérieure où trônait une immense gondole de cérémonie de la fin du dix-septième ou du début du dix-huitième siècle, et d’où montait vers les étages un large escalier de marbre, chef-d’œuvre et modèle d’architecture Renaissance, il se trouva happé par une foule hétéroclite et bigarrée où se voyaient des bergères, des marins, des courtisanes avec de longs lévriers, des Saint-Georges qui tenaient en laisse des bassets ou de petits 🐒 déguisés en 🐉.

Cette marée humaine l’entraîna vers l’escalier, qu’il emprunta, comme tout le monde. Au premier étage, entre d’admirables tapisseries des Flandres ou des Gobelins et des meubles du seizième siècle, la princesse, seule, en Esther de Véronèse, accueillait ses invités avec une grâce souriante. Nicolas se promenait avec fièvre, cherchant des yeux Nadia, et croyant la découvrir derrière chaque masque et sous tous les déguisements. Il soupçonna successivement une favorite du harem, une Desdémone éplorée derrière son loup de dentelle, une paysanne grecque masquée. Il s’efforçait de faire aussi vite que possible le tour de tous les salons pour qu’aucune jeune femme ne pût échapper à son inquisition. » Jean d’Ormesson Le vent du soir)

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