L’armoire normande

 »-. La 🏠 avait dégringolé presque toute entière. La survivance d’un immense mur, mitoyen, me l’a montrait beaucoup plus haute que je l’aurais cru. Elle devait s’enchâsser par-derrière dans un imbroglio de logis et d’accidents de terrain. Avec une admiration mélancolique, je contemplais, au niveau de son troisième étage, un moignon de plancher qui supportait une grande armoire. Telle une oeuvre d’art délibérément épargnée, l’épave aérienne tenait bon contre l’étrange et gigantesque pignon issu des ruines, que surmontaient des cheminées crevées et dont les papiers de tapisserie pendaient, se déchiraient de partout.

30x40cm  »Le petit dressing de Christine », galerie La meilleure façon d’habiter

Ma mère m’avait appris à reconnaître les armoires normandes. Celle-ci en était une, en excellent bois apparemment, munie de tous ses cuivres et fermée sur ses trésors. Si d’aventure des antiquaires l’avaient aperçue, ils s’en seraient mordus les lèvres. Son ou sa propriétaire vivait-il encore ? Si c’était le cas, il n’avait pas dû naître par ici sur la côte. Ici, tout se ramasse. Où un qui est crabe révèle sa présence sous une roche par le bout d’une patte ou un tressaillement est capturé dans la minute… Un habitant d’ici n’aurait eu de cesse qu’il ne descende l’armoire. Quitte à se tuer en essayant de le faire. » Henri Queffellec (Les enfants de la mer)

2 réflexions sur “L’armoire normande

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